Au Japon, certains trains sont de véritables palaces lancés à travers l’archipel.
Le 15 octobre 2013, un convoi bordeaux de sept voitures quitte la gare de Hakata, à Fukuoka, avec dix-huit passagers à bord et un membre d’équipage pour trois d’entre eux. Le Seven Stars in Kyushu inaugure ce jour-là une catégorie qui n’existait pas au Japon : le train-croisière de luxe, pensé non pour relier deux villes mais pour faire du trajet lui-même la destination. Douze ans plus tard, l’archipel en compte trois, chacun exploité par une compagnie régionale, chacun affichant complet des mois à l’avance.
Ces trains ne se prennent pas, ils se gagnent. Une poignée de suites par départ, une demande qui dépasse l’offre d’un facteur soixante-dix chez JR East, des tirages au sort et des agences accréditées comme seuls sésames : la rareté fait partie du produit. Ce guide détaille les trois convois — le pionnier de Kyushu, le Shiki-shima de Tokyo et le Twilight Express Mizukaze de l’Ouest — leurs itinéraires, leurs tarifs réels et la mécanique, exigeante, de la réservation.
Seven Stars, Shiki-shima, Mizukaze : les trois trains de luxe du Japon
Trois compagnies, trois régions, trois esthétiques — mais la même promesse d’un voyage lent, où le train devient la destination. Le tableau ci-dessous résume l’essentiel avant d’entrer dans le détail de chaque convoi.
| Train | Compagnie | Depuis | Suites | Itinéraire | Durée | Prix indicatif / pers. | Réservation |
|---|---|---|---|---|---|---|---|
| Seven Stars in Kyushu | JR Kyushu | 2013 | 14 | Boucle de Kyushu | 2 ou 4 jours | dès ~2 500 € (≈ 402 000 ¥) | Loterie (résidents) / agences |
| Train Suite Shiki-shima | JR East | 2017 | 17 | Tokyo → Tōhoku / Hokkaidō | 1 à 4 jours | sur demande (loterie très courue) | Loterie (résidents) |
| Twilight Express Mizukaze | JR West | 2017 | 16 | Côte du San’in | 2 ou 3 jours | dès ~9 100 € | Loterie / agences internationales |
Seven Stars in Kyushu, le pionnier
Le Seven Stars doit son nom aux sept préfectures de Kyushu et à ses sept voitures. Dessiné par Eiji Mitooka, à qui JR Kyushu confie ses trains depuis les années 1990, le convoi affiche une teinte laque bordeaux, des boiseries de rose et des lavabos en porcelaine d’Arita, spécialité locale depuis le XVIIe siècle. Quatorze suites, dont deux occupant chacune l’extrémité d’une voiture avec baie panoramique sur la voie qui s’éloigne. Le salon Blue Moon accueille un pianiste, la voiture-restaurant Jupiter sert une cuisine signée par des chefs de l’île.
Deux formules coexistent. Le circuit court, deux jours et une nuit, boucle le nord de l’île depuis Fukuoka. Le grand tour, quatre jours et trois nuits, descend jusqu’aux sources chaudes de Yufuin, longe la baie volcanique de Kagoshima et inclut une nuit en ryokan, hors du train. Comptez à partir d’environ 402 000 ¥ (≈ 2 500 €) par personne pour la formule courte, et de 855 000 ¥ à plus de 1,7 million de yens — au-delà de 40 000 € pour la suite DX A — sur le grand circuit, selon la saison et la catégorie de suite.
Train Suite Shiki-shima, le vaisseau de Tokyo
Mis en service le 1er mai 2017 par JR East, le Shiki-shima — « l’île aux quatre saisons » — pousse la scénographie plus loin. Ses deux voitures d’extrémité, entièrement vitrées et signées Ken Okuyama, ancien designer de Ferrari et de Maserati, offrent une vue frontale sur la voie. Le convoi hybride diesel-électrique aligne dix voitures pour trente-quatre passagers seulement, répartis dans dix-sept suites ; la plus vaste, une Deluxe sur deux niveaux, dispose de sa propre baignoire de cyprès hinoki et d’un âtre.
Le train quitte la gare d’Ueno, à Tokyo, sur un quai privé fermé au public. La formule d’une nuit explore les montagnes du centre de Honshu ; celle de trois nuits s’enfonce dans le Tohoku puis franchit le détroit vers Hokkaido, avec excursions et nuits en ryokan. La demande relève de la statistique : au premier tirage, plus de 1 300 candidats se disputaient dix-sept suites, soit soixante-seize dossiers par cabine. Les tarifs vont d’environ 320 000 ¥ à près d’un million de yens par personne selon la durée et la suite.
Twilight Express Mizukaze, la côte du San’in
JR West a lancé le Twilight Express Mizukaze — « le vent sur l’eau » — le 17 juin 2017, en hommage à un train de nuit disparu qui reliait Osaka à Sapporo. Robe vert sombre, ferronneries Art déco et boiseries évoquant les années 1930 : le convoi joue la nostalgie du grand voyage plutôt que le futurisme. Dix voitures, seize suites, trente-quatre passagers. Deux singularités : The Suite, un duplex qui occupe une voiture entière, et deux Royal Single, les seules cabines individuelles de tous les trains de luxe japonais.
Le Mizukaze sillonne le San’in, la façade discrète de l’ouest de Honshu tournée vers la mer du Japon : au départ de Kyoto et d’Osaka, il dessert Okayama, le château de Matsue, les dunes de Tottori — les seules grandes dunes de l’archipel. Les circuits anglophones 2026 débutent à 9 124 € par personne en Royal Twin, hôtel cinq étoiles inclus avant et après le voyage ; la Suite se traite sur devis, au-delà de 1,2 million de yens par personne. Depuis 2024, des places hors loterie sont réservées à des agences internationales accréditées, ce qui en fait le plus accessible des trois pour un voyageur étranger.
Comment réserver un train de luxe japonais
Trois voies, une seule règle : anticiper. Les résidents japonais passent par un tirage au sort mené par chaque compagnie — dossier nominatif, dates au choix, réponse par courrier ; la loterie du Shiki-shima ouvre environ six mois avant chaque saison. Les voyageurs étrangers s’appuient sur des agences accréditées, qui disposent de quotas garantis, surtout depuis l’ouverture du Mizukaze aux marchés internationaux en 2024. Dans tous les cas, un acompte, souvent de 50 % et non remboursable, verrouille la réservation. Visez douze à dix-huit mois d’avance pour les départs de printemps, quand les cerisiers rendent les suites introuvables ; l’automne des érables, en octobre-novembre, se réserve presque aussi tôt.
- Résidents du Japon : tirage au sort en ligne auprès de JR Kyushu / JR East / JR West, plusieurs mois avant chaque saison.
- Voyageurs étrangers : le Mizukaze ouvre des quotas aux agences accréditées depuis 2024 ; le Seven Stars se réserve surtout via des voyagistes de luxe en package ; le Shiki-shima reste quasi exclusivement en loterie résidents.
- Acompte : souvent 50 %, non remboursable, à la confirmation.
- Anticipation : 12 à 18 mois pour les cerisiers (mars-mai) et les érables (oct.-nov.).
- À bord : bagages limités (une valise remise à part), tenue soignée le soir, itinéraires susceptibles d’ajustements.
Quel train choisir ?
Pour un premier voyage, le Seven Stars reste la valeur sûre : format court possible, boucle de Kyushu variée (onsen, volcans, porcelaine) et service rodé depuis 2013. Le Shiki-shima vise le Grand Nord — Tōhoku et Hokkaidō — et se savoure surtout sous la neige ou aux érables, mais reste le plus difficile à obtenir. Le Mizukaze, le plus accessible aux étrangers, longe la mer du Japon au rythme Art déco, entre châteaux, dunes de Tottori et villages de pêcheurs. Trois convois, trois Japon.
FAQ
Comment réserver une place à bord ?
Par tirage au sort auprès de la compagnie (JR Kyushu, JR East, JR West) pour les résidents, ou via une agence de voyages accréditée pour les étrangers, qui bénéficient de quotas garantis. Le Twilight Express Mizukaze est le plus ouvert aux marchés internationaux depuis 2024. Comptez un acompte non remboursable à la confirmation et une anticipation de six à dix-huit mois.
Combien coûte un voyage à bord ?
De l’ordre de 400 000 ¥ (≈ 2 500 €) par personne pour un circuit court de deux jours, jusqu’à plus de 40 000 € pour les suites signature sur les longs itinéraires. Le tarif comprend l’ensemble : suite, repas gastronomiques, boissons, excursions guidées et, sur les grands circuits, les nuits en ryokan hors du train.
Quelle est la meilleure saison ?
Le printemps, de fin mars à mai, pour les cerisiers, et l’automne, en octobre-novembre, pour les érables rouges du Tohoku et de Kyushu. Ce sont les deux fenêtres les plus recherchées, donc à réserver le plus tôt. L’été verdoyant et l’hiver enneigé de Hokkaido offrent, à bord du Shiki-shima, des paysages plus rares et une pression moindre sur les suites.
Quelle différence entre les trois trains ?
Le Seven Stars, le doyen, tourne autour de Kyushu et de ses onsen volcaniques dans une ambiance de laque et de porcelaine d’Arita. Le Shiki-shima, le plus spectaculaire, rayonne depuis Tokyo vers le Tohoku et Hokkaido avec ses voitures panoramiques vitrées. Le Mizukaze, à l’esthétique Art déco des années 1930, longe la côte peu touristique du San’in depuis l’Ouest et reste le plus accessible aux voyageurs étrangers.
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Tarifs indicatifs, susceptibles d’évoluer. Photos : Pexels (crédits sous chaque image).