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L’Eastern & Oriental Express : le train de luxe entre Singapour et la Malaisie

L’Eastern & Oriental Express est un palace qui glisse à travers la jungle d’Asie du Sud-Est.

En février 2024, après quatre ans d’immobilisation, un long convoi vert et crème s’ébranle de la gare de Woodlands, à Singapour, et remonte vers le nord. L’Eastern & Oriental Express reprend du service sous la bannière de Belmond, la maison de la Venice Simplon-Orient-Express. À l’arrière, une voiture d’observation ouverte à l’air libre — rareté parmi les trains de luxe du monde — laisse défiler les palmeraies et les rizières, verre à la main. Le rail asiatique retrouve son train légendaire.

Mis en service en 1993 sur la ligne Bangkok-Singapour, le train associe des voitures japonaises construites en 1972 — d’anciennes rames du Silver Star néo-zélandais — reprises par le designer Gérard Gallet, l’homme derrière les intérieurs de la plupart des trains Belmond. Quinze voitures marquetées, huit voitures-lits, deux voitures-restaurant, un bar-piano, la fameuse plateforme arrière. Ce guide détaille l’expérience à bord, les itinéraires actuels au départ de Singapour, les paysages traversés, les tarifs réels et la marche à suivre pour réserver.

À bord : Pullman, State et suites présidentielles

Trois catégories de cabines se partagent les huit voitures-lits, toutes climatisées et pourvues d’une salle d’eau privée. La Pullman, la plus compacte avec ses 7,8 m², se vit en salon la journée — banquette et tablette rabattable — puis se mue le soir, pendant le dîner, en couchettes superposées que le steward prépare en votre absence. La State double la surface au sol : fauteuil, coin salon et deux lits bas de plain-pied. Au sommet, deux suites présidentielles offrent le plus d’espace et une salle de bains agrandie. Chaque voiture dispose de son steward, présent jour et nuit.

À bord : voitures Pullman, State et suites
À bord : voitures Pullman, State et suites — Photo : Erik Mclean / Pexels

La vie du train se joue autour de trois voitures. Le bar-piano, cœur nocturne du convoi, prolonge les soirées au son d’un pianiste ; les deux voitures-restaurant — la maison en possède trois, dont deux attelées selon les départs — servent une cuisine d’Asie du Sud-Est signée par un chef résident, en deux services. Reste la pièce maîtresse : la voiture d’observation à ciel ouvert, à l’extrémité arrière, où l’air moite de la jungle entre sans filtre. Marqueterie, boiseries de merisier et motifs malais habillent l’ensemble, hérités de la restauration menée pour la relance de 2024.

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Les itinéraires : de Singapour à Penang, cap sur la Malaisie

Depuis la relance, le train reste en Malaisie. Deux circuits alternent selon la saison, tous deux au départ de la gare de Woodlands, à Singapour. « Wild Malaysia », de mars à octobre, remonte la péninsule vers Kuala Lumpur puis Penang, dans le vert dense de la mousson. « Essence of Malaysia », de novembre à février, pousse jusqu’à Langkawi : on quitte alors le rail le temps d’une croisière en mer et d’une baignade dans l’archipel de la mer d’Andaman, avant de regagner Singapour. Comptez trois à quatre jours selon la formule, avec excursions guidées comprises à chaque halte.

Le tracé historique, lui, franchissait la frontière thaïlandaise jusqu’à Bangkok, avec le passage sur le pont de la rivière Kwai à Kanchanaburi comme grand moment. Cette section thaïlandaise reste la signature du train dans l’imaginaire — Belmond ne l’a pas remise au programme depuis 2024, mais elle demeure le prolongement naturel de la ligne. Pour un premier voyage, les itinéraires malaisiens concentrent l’essentiel : la traversée nord-sud de la péninsule, Kuala Lumpur et ses tours Petronas, Penang l’insulaire.

Comparer les cabines

CatégorieSurfaceLe jour / la nuitÀ partir de
Cabine Pullman~7,8 m²Banquette-salon → couchettes superposées~3 900 €
Cabine State~2× PullmanCoin salon → deux lits bas de plain-pied~5 800 €
Suite présidentielleLa plus vaste (2 suites)Salon élargi + salle de bains agrandie~10 500 €
Tarifs indicatifs par personne, base double, tout compris (repas, boissons, excursions), à recouper auprès de Belmond selon l’itinéraire et la saison.

Le prix englobe l’ensemble : cabine, pension complète, boissons, service de steward et excursions à chaque étape. L’écart entre Pullman et State tient surtout à l’espace et à la lumière ; les deux suites présidentielles, rares, partent des mois à l’avance. Pour un budget plus contenu, l’Inde propose une alternative haut de gamme sur un format proche — nous l’avons détaillée dans notre guide du rail de prestige à travers le sous-continent indien.

Jungle, plantations et viaducs : ce que l’on voit défiler

La péninsule malaise se lit depuis la plateforme arrière comme un long travelling. Au sortir de Singapour, la mangrove et les palmeraies cèdent la place aux plantations d’hévéas et de palmiers à huile, alignées au cordeau. Plus au nord, la voie s’enfonce dans une jungle épaisse, ponctuée de rizières en eau où se reflète le ciel. Les hautes terres des Cameron Highlands, en balcon, déroulent leurs plantations de thé sur des collines ondulées — un vert que l’on ne voit nulle part ailleurs sur le trajet.

Le voyage ménage aussi ses temps d’arrêt. À Penang, on gagne George Town, dont les shophouses et les temples sino-malais valent son classement à l’UNESCO. La traversée du détroit et les fronts de mer coloniaux prolongent, à terre, l’esprit du grand voyage ferroviaire. C’est cette alternance — le rail, puis l’excursion, puis le rail à nouveau — qui distingue le train-croisière du simple trajet.

Quand partir, combien, comment réserver

La saison dicte l’itinéraire. « Essence of Malaysia » se réserve de novembre à février, quand l’archipel de Langkawi bénéficie de la meilleure fenêtre météo ; les départs de novembre 2026 débutent autour de 3 900 € par personne en cabine Pullman. « Wild Malaysia » occupe le reste de l’année, de mars à octobre. Dans les deux cas, la capacité est limitée à quelques dizaines de passagers et les départs les plus courus — fêtes de fin d’année, vacances scolaires — se remplissent tôt.

La réservation passe directement par Belmond ou par une agence accréditée, qui gère souvent des quotas et le pré/post-acheminement. Un acompte verrouille la place ; visez six à douze mois d’anticipation pour choisir sa catégorie de cabine et sa date. Le tarif étant tout compris, l’essentiel du budget se joue à la réservation, sans mauvaise surprise à bord.

À lire aussi : le grand train de safari sud-africain, autre légende du rail au long cours.

FAQ

Le train va-t-il encore jusqu’à Bangkok ?

Pas depuis la relance de 2024. Belmond a recentré les itinéraires sur la Malaisie, au départ de Singapour, avec « Wild Malaysia » et « Essence of Malaysia ». Le tracé historique vers Bangkok, via le pont de la rivière Kwai en Thaïlande, reste la signature du train mais n’est pas programmé pour l’instant. Vérifiez les circuits en cours au moment de réserver.

Combien coûte un voyage à bord ?

À partir d’environ 3 900 € par personne en cabine Pullman, base double, pour un circuit malaisien de trois à quatre jours. Comptez de l’ordre de 5 800 € en cabine State et au-delà de 10 000 € pour une suite présidentielle. Ces tarifs indicatifs comprennent la pension complète, les boissons, le service de steward et les excursions ; ils évoluent selon la saison et l’itinéraire.

Quelle est la meilleure période ?

De novembre à février pour « Essence of Malaysia » et sa croisière à Langkawi, la fenêtre la plus sèche côté mer d’Andaman. De mars à octobre pour « Wild Malaysia », dans une Malaisie plus verte et plus humide. Le climat équatorial reste chaud et moite toute l’année ; le train étant climatisé, la saison joue surtout sur les excursions et la mer.

Qu’est-ce qui distingue l’Eastern & Oriental Express ?

Sa voiture d’observation ouverte à l’air libre, à l’arrière, très rare parmi les trains de luxe, et son ancrage tropical : jungle, plantations et rizières remplacent les paysages alpins ou désertiques des autres grands convois. Sœur asiatique de la Venice Simplon-Orient-Express, il applique les codes Belmond — marqueterie, bar-piano, service d’un steward par voiture — au décor de l’Asie du Sud-Est.

Tarifs indicatifs, susceptibles d’évoluer ; à confirmer auprès de Belmond. Photos : Pexels (crédits sous chaque image).