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Le Belmond Andean Explorer : le train de luxe des Andes péruviennes

En mai 2017, un convoi bleu nuit s’est ébranlé de la gare de Wánchaq, à Cusco, pour rejoindre les rives du lac Titicaca. Le Belmond Andean Explorer devenait ce jour-là le premier train-couchettes de luxe d’Amérique du Sud. Depuis, il relie trois haltes du sud péruvien — Cusco, Puno et Arequipa — le long de l’une des voies ferrées les plus hautes du monde, qui grimpe au-dessus de 4 300 mètres avant de redescendre vers l’altiplano. Voici comment s’y embarquer, ce que l’on trouve à bord, et à quel prix.

Un train-hôtel signé Belmond, exploité par PeruRail

Le Belmond Andean Explorer n’appartient pas en propre à la maison britannique : il roule sous la bannière de PeruRail, coentreprise entre Belmond — passé dans le giron de LVMH en 2019 — et l’investisseur péruvien Lorenzo Sousa Debarbieri. Le rame elle-même a été pensée comme un hôtel mobile de 70 hôtes. Les intérieurs jouent la carte locale : laine d’alpaga, cuir, textiles tissés à la main et bois clair, dans une palette qui cite les tons de l’altiplano plutôt que le clinquant attendu d’un train de luxe.

Le train-hôtel de Belmond sur l’altiplano péruvien
Le train-hôtel de Belmond sur l’altiplano péruvien — Photo : Neto Torres / Unsplash

La circulation à ces altitudes impose ses propres règles. Chaque cabine dispose d’une arrivée d’oxygène d’appoint, précaution rare qui en dit long sur le terrain traversé : la voie franchit le col de La Raya, à près de 4 300 mètres, soit plus haut que bien des sommets alpins.

Cabines, voiture-observation et spa à bord

À bord, trois niveaux de cabines, toutes avec salle de bain privative et fenêtres panoramiques. Les suites, d’environ 13 m², offrent un lit double et un coin salon ; les cabines twin alignent deux lits séparés ; les cabines à lits superposés, plus compactes (autour de 5,5 m²), transforment une banquette en couchages haut et bas. Le soir, la banquette devient lit, la fenêtre encadre un ciel d’altitude sans pollution lumineuse.

Cabines et voiture-observation à bord
Cabines et voiture-observation à bord — Photo : Elimende Inagella / Unsplash

Les espaces communs font l’attrait du voyage autant que les haltes. Deux voitures-restaurant servent une cuisine péruvienne contemporaine ; une voiture-bar avec piano prolonge les soirées au pisco sour ; une voiture-spa propose des soins aux plantes andines. Reste la pièce maîtresse : la voiture-observation, dotée d’une plateforme à ciel ouvert où l’on prend le vent de l’altiplano, verre en main, tandis que défilent troupeaux d’alpagas et lagunes. Pour préparer les visites autour du terminus andin, notre guide des choses à faire depuis l’ancienne capitale inca complète utilement l’étape de Cusco.

Le rythme des soirées tient une place à part. Au dîner, les deux voitures-restaurant travaillent le garde-manger andin — quinoa, maïs violet, truite du Titicaca, alpaga, chocolat de la vallée — dans des menus en plusieurs services signés par une brigade péruvienne. Un musicien accompagne l’heure du pisco sour, charango ou guitare, avant que la nuit ne rende la voiture-observation à son usage le plus simple : sous l’altiplano privé de lumière parasite, la Voie lactée traverse le ciel d’un bord à l’autre, une couverture d’alpaga sur les genoux.

Les itinéraires : Cusco, le Titicaca, Arequipa

Le train se décline en circuits courts ou longs autour du même axe. Le Spirit of the Water relie Cusco à Puno en une nuit, avec passage du col de La Raya et arrivée sur les hauteurs du lac Titicaca (3 800 m) ; le Spirit of the Andes effectue le trajet retour. Pour parcourir l’ensemble jusqu’à Arequipa (2 335 m) et sa « ville blanche » de sillar, comptez deux nuits — avec, en option, une excursion vers le canyon de Colca. Le service ne circule pas en février, cœur de la saison des pluies.

Beaucoup embarquent après avoir vu le Machu Picchu : les deux expériences se complètent, le sanctuaire inca d’un côté, la traversée de l’altiplano de l’autre. Pour articuler les deux, voyez comment organiser la montée à la cité inca et la Vallée sacrée avant de rejoindre le train à Cusco.

Le tableau ci-dessous récapitule les principaux parcours, leur durée et leurs étapes. Les tarifs, par personne et en cabine partagée, restent indicatifs : ils varient selon la saison et la catégorie de cabine, et sont à confirmer auprès de PeruRail ou de Belmond au moment de réserver.

ItinéraireDuréeÉtapesÀ partir de
Spirit of the Water2 j / 1 nuitCusco → Puno (Titicaca)~2 900 €
Spirit of the Andes2 j / 1 nuitPuno → Cusco~2 900 €
The Peruvian Highlands3 j / 2 nuitsCusco → Puno → Arequipa~5 000 €
Andean Plains & Islands3 j / 2 nuitsArequipa → Puno → Cusco~5 000 €
Tarifs indicatifs par personne, base cabine double, à recouper auprès de PeruRail / Belmond (2026).

Le trajet, étape par étape

Tout commence à la gare de Wánchaq, à Cusco (3 400 m). La voie remonte lentement la vallée du Vilcanota, longe des villages de terre et des cultures en terrasses, puis atteint le col de La Raya, à près de 4 300 mètres : ligne de partage des eaux entre bassin amazonien et altiplano, souvent poudrée de neige, où le convoi marque un arrêt pour laisser descendre les hôtes sur le quai le plus haut du parcours.

Le trajet à travers l’altiplano et le lac Titicaca
Le trajet à travers l’altiplano et le lac Titicaca — Photo : Viajante Dibujero / Pexels

Vient ensuite Puno et le lac Titicaca (3 800 m), plus haut lac navigable du monde. Depuis les rives, une sortie en bateau mène aux îles flottantes des Uros, bâties en roseau totora et amarrées au large, ou à Taquile, réputée pour un tissage inscrit au patrimoine immatériel de l’UNESCO. La nuit se passe à cette altitude, la plus exigeante du voyage.

L’axe long descend enfin vers Arequipa (2 335 m), la « ville blanche » bâtie en sillar, cette pierre volcanique claire qui donne aux façades leur lumière. On y visite le monastère Santa Catalina, cité close du XVIe siècle aux ruelles peintes d’ocre et d’indigo. De là part la variante vers le canyon de Colca, deux fois plus profond que le Grand Canyon, où l’on guette au petit matin le vol des condors depuis la Cruz del Cóndor.

Andean Explorer ou Hiram Bingham ?

Belmond exploite un second train dans la région, le Hiram Bingham, et les deux ne racontent pas le même voyage. Le Hiram Bingham est un train de jour : il relie Cusco (via Poroy ou Ollantaytambo) à Aguas Calientes, au pied du Machu Picchu, en quelques heures, déjeuner à bord et brunch au retour, une journée pour le sanctuaire inca. L’Andean Explorer, lui, est un train-couchettes qui prend son temps sur une à deux nuits et vise l’altiplano, le Titicaca et Arequipa, non le Machu Picchu.

Le choix se règle sur l’objectif : la cité inca dans le confort d’une journée, c’est le Hiram Bingham ; le trajet lui-même comme destination, nuits comprises, c’est l’Andean Explorer. Beaucoup enchaînent les deux, le premier vers le Machu Picchu, le second pour la traversée du sud.

Altitude : la prudence avant le plaisir

Cusco culmine à 3 400 m, Puno et le Titicaca à 3 800 m, et la voie franchit un col au-delà de 4 300 m. Le mal aigu des montagnes n’épargne personne, quel que soit l’âge ou la forme. La règle : s’acclimater deux à trois jours à Cusco ou dans la Vallée sacrée avant d’embarquer, s’hydrater, éviter l’alcool le premier soir et ménager ses efforts. L’oxygène d’appoint en cabine aide, mais ne remplace pas l’acclimatation. En cas d’antécédents cardiaques ou pulmonaires, un avis médical avant le départ s’impose.

Sur place, quelques réflexes aident : le maté de coca, cette infusion servie dans tout l’altiplano, un repas léger et peu d’alcool le premier soir. La nuit passée à près de 3 800 mètres au bord du Titicaca reste la plus délicate du parcours ; on la borde d’une bonne hydratation et d’un sommeil sans excès.

Quand partir et comment réserver

La fenêtre idéale court d’avril à octobre, la saison sèche : ciels dégagés sur l’altiplano, nuits froides mais lumineuses. De décembre à mars, la pluie brouille les paysages et le train ne roule pas en février. Les départs sont hebdomadaires et le nombre de cabines limité : mieux vaut réserver six à douze mois à l’avance, directement auprès de PeruRail ou de Belmond, ou via une agence spécialisée. Le train s’inscrit volontiers dans un circuit plus large — Machu Picchu, Vallée sacrée, puis descente ferroviaire vers le Titicaca et Arequipa.

Le Belmond Andean Explorer prolonge une lignée de trains-hôtels que la maison décline sur plusieurs continents. Dans un registre voisin mais un décor tout autre, l’art du voyage ferroviaire haut de gamme façon nippone offre un point de comparaison éclairant : même soin du service, autre rapport au paysage.

Reste l’image qui décide souvent du voyage : à l’aube, sur la plateforme découverte, l’air pique à 4 000 mètres et la lumière rase l’altiplano jusqu’aux premiers reflets du Titicaca. Aucune suite d’hôtel ne remplace ce quart d’heure-là.