À Cortina, on peut remplir des journées entières sans jamais chausser les skis.
À Cortina, le ski n’est qu’un chapitre. On peut y passer une semaine sans chausser les skis : monter en téléphérique sur le toit des Dolomites, marcher dans les galeries de la Grande Guerre, pousser la porte d’un musée d’art moderne, dîner étoilé ou refaire le monde à l’apéritif sur le Corso Italia. Et l’été venu, la station devient l’une des grandes bases de randonnée des Alpes.
Ce guide rassemble tout ce qui se fait ici hors des pistes, hiver comme été : panoramas, mémoire, culture ladine, mondanités, gastronomie et grand air. Il prolonge notre panorama du ski de luxe à Cortina et notre guide où dormir à Cortina.
| Section | Ce qu’on y trouve |
|---|---|
| Prendre de la hauteur | Téléphériques piétons, panoramas |
| Sur les traces de la Grande Guerre | Tunnels du Lagazuoi, Cinque Torri |
| Lacs et grands paysages | Sorapis, Federa, Misurina, Tre Cime |
| L’âme ladine | Regole, musées, observatoire |
| L’héritage olympique | 1956 et 2026 |
| Dolce vita et mondanités | Corso Italia, jet-set, événements |
| La table | Étoiles Michelin et refuges |
| Expériences hors-piste | Raquettes, spa, à réserver |
| Organiser sa visite | Quand venir, accès |
Prendre de la hauteur, sans skier
Le premier luxe de Cortina, c’est la verticalité — et elle s’offre aussi aux piétons, grâce à un forfait dédié, le Cortina Vertical Pass, qui ouvre les téléphériques sans skis aux pieds.
La Freccia nel Cielo, sur le toit des Dolomites
La télécabine Freccia nel Cielo (« flèche dans le ciel ») hisse en trois tronçons du village (~1 216 m) jusqu’à la Tofana di Mezzo, à 3 244 m, troisième plus haut sommet des Dolomites : de là-haut, le regard embrasse le Cristallo, le Sorapis, l’Antelao et, par temps clair, jusqu’aux Alpes autrichiennes. À la première station, le Col Druscié (1 778 m) abrite un observatoire astronomique et un planétarium (voir plus bas) — la remontée fonctionne été comme hiver.
Le Lagazuoi et le Faloria, deux terrasses sur le vide
Côté col, le téléphérique du Lagazuoi monte du Passo Falzarego (2 105 m) à 2 778 m, où une terrasse et un refuge dominent une véritable mer de sommets — l’un des plus beaux belvédères des Dolomites. Le Faloria, enfin, se rejoint directement depuis Cortina pour une vue plongeante sur la cuvette d’Ampezzo et sa propre terrasse-refuge.
| Remontée | Départ → arrivée | Saison | Intérêt hors-ski |
|---|---|---|---|
| Freccia nel Cielo | Cortina 1 216 m → Tofana 3 244 m | Hiver & été | Le toit des Dolomites, observatoire au Col Druscié |
| Téléphérique du Lagazuoi | Falzarego 2 105 m → 2 778 m | Hiver & été | Terrasse panoramique, tunnels 14-18 |
| Faloria | Cortina → ~2 120 m | Hiver & été | Vue plongeante, refuge et terrasse |
| Télésiège des Cinque Torri | Bai de Dones → Rifugio Scoiattoli | Surtout été | Musée à ciel ouvert de la Grande Guerre |
Sur les traces de la Grande Guerre
Les Dolomites d’Ampezzo furent, de 1915 à 1917, une ligne de front entre Italiens et Austro-Hongrois — et la montagne en a gardé la trace. Au Lagazuoi, un réseau de galeries et de tunnels creusés à la main dans la paroi se parcourt aujourd’hui à pied : un museo all’aperto où l’on descend par le tunnel de la Cengia Martini, lampe frontale et casque de rigueur, avant de ressortir vers le col. En contrebas, les Cinque Torri abritent un second musée à ciel ouvert : tranchées restaurées, postes d’observation et baraquements, reliés par de courts sentiers accessibles depuis le Rifugio Scoiattoli. Deux sites de mémoire saisissants, praticables surtout l’été.
Lacs et grands paysages, saison par saison
Le Lago di Sorapis, turquoise d’altitude
L’été, Cortina devient une base de randonnée de premier plan. Le Lago di Sorapis, lac glaciaire d’un turquoise irréel à ~1 925 m, se gagne depuis le Passo Tre Croci (1 805 m) par le sentier 215 : environ 3 à 4 heures aller-retour, avec quelques passages câblés et passerelles au-dessus du vide qui exigent le pied sûr. Le Lago Federa, au pied de la Croda da Lago, s’enflamme quant à lui de mélèzes dorés à l’automne — l’un des plus beaux tableaux de la région. Ces sentiers sont des randonnées estivales : on les évite l’hiver (verglas, risque d’avalanche).
Misurina et les Tre Cime, selon la saison
Plus au nord, le Lago di Misurina (1 754 m), surnommé la « perle du Cadore », offre l’un des plus beaux miroirs des Dolomites ; son air réputé pur lui a valu un centre de soins pour l’asthme infantile, et sa surface gèle une partie de l’hiver, propice au patinage. C’est de là que l’on rejoint les célèbres Tre Cime di Lavaredo — mais attention : la route à péage du Rifugio Auronzo ne se prend qu’en été et ferme l’hiver. À la mauvaise saison, on n’atteint plus les Tre Cime qu’à pied, en raquettes, en ski de randonnée ou via une excursion encadrée.
L’âme ladine : Regole et musées
Les Regole d’Ampezzo, une propriété collective séculaire
Derrière la vitrine mondaine, Cortina cache une identité ladine profonde. La vallée est administrée depuis des siècles par les Regole d’Ampezzo, une institution de propriété collective : forêts et pâturages y sont inaliénables, ni vendus ni détournés de leur usage, et les droits d’exploitation se transmettent uniquement aux familles ampezzanes d’origine. C’est l’un des plus anciens systèmes communautaires de gestion de la montagne en Europe — et un socle d’identité que la station n’a jamais perdu.
Trois musées et un observatoire
Cet héritage se visite. Le Musée d’art moderne Mario Rimoldi (ouvert en 1974) réunit plus de 800 œuvres du XXᵉ siècle italien — De Chirico, Campigli, De Pisis, Sironi, Guttuso — patiemment rassemblées par un hôtelier ami des artistes qui séjournaient dans la vallée. Le Musée ethnographique des Regole, installé dans une ancienne scierie vénitienne, raconte la gestion communautaire de la forêt, l’artisanat du bois, le filigrane d’argent et les costumes ; le Musée paléontologique Rinaldo Zardini expose les fossiles marins de l’océan qui recouvrait jadis ces sommets. Enfin, à 1 778 m, l’observatoire astronomique Helmut Ullrich du Col Druscié et son planétarium Nicolò Cusano proposent des nuits sous les étoiles, accessibles par la Freccia nel Cielo : son équipe amateur y a découvert plusieurs dizaines de supernovae et un astéroïde baptisé « Cortina d’Ampezzo ».
L’héritage olympique, de 1956 à 2026
Cortina a écrit deux fois l’histoire olympique. En 1956, elle accueillait déjà les Jeux d’hiver : il en reste le Stadio Olimpico del Ghiaccio, dont la piste réfrigérée s’ouvre au patinage public, hiver comme été selon le calendrier. En février 2026, les Jeux Milano-Cortina y ont ramené le ski alpin féminin, le curling et les sports de glisse : le Cortina Sliding Centre — piste Eugenio Monti (1 745 m, seize virages, jusqu’à 140 km/h) a été reconstruit sur le tracé historique des années 1920, nommé d’après le double champion olympique ampezzan. Passés les Jeux, ces installations poursuivent leur vie sportive ; l’ambiance « ville olympique », elle, imprègne durablement la station.
Dolce vita et mondanités
En fin d’après-midi, tout Cortina se retrouve sur le Corso Italia : c’est l’heure de la passeggiata, cette promenade rituelle entre les boutiques de luxe, avant l’aperitivo à l’Enoteca Cortina ou chez Lovat. La station cultive une réputation de jet-set depuis les années 1950 : l’Hotel Cristallo a servi de décor à La Panthère rose (1963), et le VIP Club de l’Hotel Europa reste un repère des nuits mondaines. L’agenda entretient la légende : la Coppa d’Oro delle Dolomiti, course de voitures historiques, s’élance de Cortina chaque juillet ; la Cortina WinteRace en est le pendant hivernal. Le Cortina Winter Polo pose parfois ses matchs sur le lac gelé de Misurina — quand l’épaisseur de la glace le permet, l’événement étant régulièrement déplacé les hivers trop doux.
La table : deux étoiles et refuges gourmands
Deux étoiles Michelin et une table culte
Cortina se mange autant qu’elle se contemple. La vallée compte deux étoiles Michelin : le SanBrite de Riccardo Gaspari — une étoile et une Étoile Verte pour son agricucina nourrie par la ferme familiale, où l’ancien champion de ski devenu fromager cuisine ce qu’il produit — et le Tivoli de Graziano Prest, qui marie produits de montagne et poissons rapportés des marchés de Venise et de Chioggia. Au Passo Giau, à 2 175 m, le Da Aurelio n’est pas étoilé mais reste une table culte, célèbre pour sa cuisine d’herbes et de fleurs alpines et sa cave de plusieurs centaines de références.
Le luxe en refuge
Le plaisir le plus ampezzan se déjeune toutefois en refuge, accessible à pied ou par les remontées : le Rifugio Averau et sa terrasse face à la Marmolada, le Rifugio Scoiattoli et son bain nordique chauffé au bois en plein air, face aux Cinque Torri, le Rifugio Col Gallina ou le Rifugio Lagazuoi, perché au-dessus du Falzarego. On y goûte les saveurs ladines : casunziei (raviolis à la betterave, beurre fondu, pavot et ricotta fumée), canederli et schlutzkrapfen, fromages de malga. Manger en altitude, ici, n’est pas un pis-aller : c’est une des plus belles expériences de la station.
Expériences hors-piste, hiver comme été
En hiver, autrement que sur les pistes
Au-delà des panoramas, Cortina se vit par l’expérience. On chausse les raquettes pour une sortie guidée autour des Cinque Torri ou du Passo Giau, on file en calèche ou en traîneau dans la neige, on tourne quelques boucles à la patinoire olympique, on s’initie à l’escalade sur cascades de glace avec un guide, ou l’on s’offre une parenthèse spa : le Grand Hotel Savoia et le Rosapetra ouvrent bassins et saunas en formule day-spa, y compris aux non-résidents. Un mot d’honnêteté : l’héliski n’est pas une option ici — il est interdit dans le Parc naturel des Dolomites d’Ampezzo qui entoure la station.
En été, le grand terrain de jeu
La belle saison change tout : via ferrata historiques héritées du front, vélo électrique vers les cascades de Fanes, randonnées aux lacs et aux refuges, parcours d’escalade sur la dolomie. Voici quelques sorties emblématiques à réserver à l’avance :
Organiser sa visite (sans skier)
Quand venir ? L’hiver (décembre-mars) pour l’ambiance mondaine, les spas, le patinage et les refuges ; l’été (fin juin-mi-septembre) pour la randonnée, les via ferrata et les lacs ; et l’automne, saison presque secrète, pour les mélèzes dorés et le calme. Attention aux inter-saisons : nombre de remontées et de refuges ferment entre mi-avril et mi-juin, puis à l’automne. Comptez trois à quatre jours pour un séjour hors-ski équilibré entre culture, nature et table.
Accès : Cortina n’a ni aéroport ni gare. On arrive par Venise-Marco Polo (~150 km, ~2 h) ; la navette Cortina Express relie l’aéroport toute l’année. Les gares les plus proches sont Calalzo-Pieve di Cadore (~35 km) et Dobbiaco (~31 km), prolongées par des bus. Sur place, le Cortina Vertical Pass et les navettes locales suffisent à se déplacer sans voiture.
| Saison | Ce qu’on vient chercher | Exemples |
|---|---|---|
| Hiver (déc.-mars) | Mondanités, spas, patinage, refuges | Corso Italia, Stadio Olimpico, calèche, Winter Polo |
| Été (fin juin-mi-sept.) | Randonnée, via ferrata, lacs | Sorapis, Cinque Torri, Tre Cime, Coppa d’Oro (juillet) |
| Automne | Calme, mélèzes dorés, tables | Lago Federa, refuges gourmands, musées |
Questions fréquentes
Que faire à Cortina sans skier ?
Monter en téléphérique jusqu’à la Tofana (3 244 m) ou au Lagazuoi, parcourir les tunnels de la Grande Guerre, visiter les musées des Regole, patiner au Stadio Olimpico, s’offrir une table étoilée ou un refuge gourmand, et flâner sur le Corso Italia. Cortina se vit très bien sans chausser les skis.
Peut-on voir les Tre Cime di Lavaredo en hiver ?
Pas en voiture : la route à péage du Rifugio Auronzo ferme l’hiver. On les rejoint alors seulement à pied, en raquettes, en ski de randonnée ou via une excursion encadrée depuis Misurina. En voiture, c’est une sortie d’été.
Que faire à Cortina en été ?
Randonner (Lago di Sorapis par le sentier 215, Cinque Torri, Lago Federa), s’essayer à la via ferrata, pédaler en vélo électrique vers les cascades de Fanes, monter aux belvédères en téléphérique et assister à la Coppa d’Oro en juillet.
Y a-t-il des restaurants étoilés à Cortina ?
Oui, deux tables une étoile au Guide Michelin : le SanBrite (également Étoile Verte) et le Tivoli. Le Da Aurelio, au Passo Giau, est une adresse culte mais non étoilée.
Comment aller à Cortina sans voiture ?
La navette Cortina Express relie l’aéroport de Venise toute l’année (~2 h). Il n’y a pas de gare à Cortina : les plus proches, Calalzo (~35 km) et Dobbiaco (~31 km), sont prolongées par des bus.
Que reste-t-il des Jeux olympiques à Cortina ?
L’héritage de 1956 (le Stadio Olimpico del Ghiaccio, ouvert au patinage public) et de 2026 (le Cortina Sliding Centre — piste Eugenio Monti, reconstruit pour le bob, la luge et le skeleton).